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Monsieur Thibierge,
Hier mon banquier (BRED) me contact par téléphone pour me proposer des actions de sa banque qui va faire une augmentation de capital. Le prix de l’action passera de 9,5€ à 10,5€.
Est-ce qu’il me propose une « affaire » ou vais-je me faire arnaquer parce que lui ne pense qu’à sa commission ?
Bonjour Thomas,
1) en finance, « il n’y a pas de déjeuner gratuit », donc si votre banquier prend sur son temps pour vous appeler, c’est qu’il est intéressé. Cela peut être pour toucher une commission, mais cela peut aussi être (soyons optimiste) que pour lui, un client satisfait, c’est un client qui consommera plus à l’avenir (cartes de crédit, assurances, etc. (cf. théorie de l’agence, p. 211)
2) en règle générale, une augmentation de capital se fait parce que les anciens actionnaires y trouvent de l’intérêt (sinon, ils n’auraient pas voté l’augmentation de capital). Cela peut signifier que les titres sont surévalués, ou que les anciens actionnaires détiennent une information que vous n’avez pas. Ce n’est pas systématique, mais cela incite à la prudence : si vous participez à cette augmentation de capital, ayez plutôt une optique de long terme. Ne participez pas à l’augmentation de capital en espérant un gain rapide à court terme. Cf. « les augmentations de capital » p. 198, et notamment pour votre question et ma réponse, p. 201.
Cordialement,
CT
Surtout que l’augmentation est une dillution de l’actionnariat par l’emission de nouvelles actions. Donc en principe le prix doit baisser et pas monter. :/. Pour finir je tiens a signaler que acheter des actions c’est pas « acheter du papier » ou « acheter du vent » … c’est acheter une entreprise. Et l’on n’investie que dans les choses que l’on connait parfaitement. Si vous n’avez pas prix soin d’étudier les comptes financier de la BRED et analysé vos objectifs d’investissement c’est comme se mettre la corde au cou ! Un achat d’action est une chose très sérieuse. C’est pas un jeu pour ados prépubères. :/ Je penses que votre banque a des difficultés pour financer son augmentation de capital et a recours directement ç ses clients. Toutes les banques qui veulent emettre des obligations passent en priorité par leurs clients :/ Surtout en ce moment que les taux d’intérêts sont bas, il y a prolifération de nouvelles emissions obligataires.
C’est la première fois que je passe du bon temps à la lecture d’un ouvrage de technique financière, laquelle, généralement, me plonge rapidement dans un paisible assoupissement. Quoique ayant pas mal pratiqué la gestion d’entreprise, j’ai vu sous un jour nouveau quelques sujets que je croyais bien connaître. Pas mal !
Quelques remarques ponctuelles :
- Au bilan, l’actif de la page 22 ne comporte pas d’actifs financiers (placements, participations, prêts …), c’est voulu ?
- Votre conclusion rappelle fort opportunément que « tout n’est pas dans la finance ». Je comprends que cette philosophie ne peut pas être répétée partout dans un ouvrage sur la finance mais elle est peut-être trop escamotée dans certains topos ponctuels. Dans l’intro du Chap 3 : les études supérieures peuvent-elles être réduites à un « choix d’investissement » ? Au chapitre 6, les méthodes d’évaluation d’une entreprise qui sont évoquées ne prennent pas en compte les aspects « hors finances pures » : synergies commerciales, économies d’échelle, élimination de concurrents, acquisition de technologies, « recrutements » par achat … ; on voit par ailleurs que la bourse s’affranchit largement des critères rationnels.
- Peut-on en janvier 2012 classer les OAT dans les placements sans risque ?
- La relation risque-rentabilité a été passablement pervertie ces dernières années par le développement de divers mécanismes d’assurance. On peut les comprendre lorsqu’ils fluidifient et confortent l’économie « réelle » (couvertures sur achats, change …). Lorsqu’ils touchent à la pure spéculation, ils alimentent une spirale d’irresponsabilité et de risque. Je ne sais plus si cela est beaucoup évoqué.
Bonsoir Delasnerie,
merci pour vos compliments, et ravi de vous avoir réveillé de votre assoupissement
Voici quelques réponses à vos questions :
- « Au bilan, l’actif de la page 22 ne comporte pas d’actifs financiers (placements, participations, prêts …), c’est voulu ? »
=> Oui. On est dans le premier chapitre, autant ne pas compliquer les choses. Les lecteurs qui souhaitent plus d’approfondissements sur ce thème peuvent acheter l’Excellent ouvrage Analyse financière, chez le même éditeur. Plus précisément, pour ce qui est des placements, il en est fait mention à la dernière ligne de la page 22, quant aux participations, on suppose qu’on est en face de comptes consolidés, donc ces participations ont été consolidées (les participations mises en équivalence dépassent le cadre de cet ouvrage, mais l’autre ouvrage en disserte sans vergogne).
- « Dans l’intro du Chap 3 : les études supérieures peuvent-elles être réduites à un « choix d’investissement » ? »
=> Non, et à ce sujet, je vous conseille de voir le conseil n°9 de cette vieille vidéo. Nous sommes donc d’accord : réduire les études à un seul choix d’investissement, c’est aussi inepte que de réduire la délocalisation d’une usine à une simple dimension logistique. Mais il faut bien commencer par quelque chose : la finance sert à se poser les bonnes questions pour essayer de quantifier, mais rien ne dit qu’on doit s’arrêter à cette seule quantification.
Je reprends vos exemples : « les méthodes d’évaluation d’une entreprise qui sont évoquées ne prennent pas en compte les aspects « hors finances pures » : synergies commerciales, économies d’échelle, élimination de concurrents, acquisition de technologies » : Oh que si, elles les prennent en compte. S’il y a synergie commerciale, ou baisse des coûts, ou hausse des ventes, tout cela doit être capturé dans les cash-flows prévisionnels. Ça permet de pousser les dirigeants à réfléchir, au lieu de s’abriter derrière des phrases creuses comme « ça ne se quantifie pas, c’est Stratégique ! » Si les actionnaires gobent ce genre de fumisterie, eh bien ma foi, ils méritent ces dirigeants.
- « Peut-on en janvier 2012 classer les OAT dans les placements sans risque ? »
=> Non, on ne peut plus, car la signature de l’État français a été dégradée par au moins une agence de notation. Dans la page incriminée (p. 101), j’avais pris soin de prendre l’exemple de l’Allemagne, et de souligner que « l’actif sans risque absolu n’existe pas », mais c’est vrai que l’encadré de Jargon est malheureux… À corriger pour la prochaine édition
- « La relation risque-rentabilité a été passablement pervertie ces dernières années par le développement de divers mécanismes d’assurance. On peut les comprendre lorsqu’ils fluidifient et confortent l’économie « réelle » (couvertures sur achats, change …). Lorsqu’ils touchent à la pure spéculation, ils alimentent une spirale d’irresponsabilité et de risque. Je ne sais plus si cela est beaucoup évoqué. »
=> Non, à part quelques passages sermonnants dans le chapitre 7 sur la Bourse, et la conclusion (chapitre 9), cela n’est pas beaucoup évoqué. J’ai deux explications, en forme d’excuses : (1) ce livre n’avait pas pour ambition d’être un essai, plutôt un manuel sympathique qui ne fasse pas peur au premier abord. Je suis assez fier d’y avoir fait passer néanmoins des notions de bon sens et/ou de citoyenneté. On pourra toujours dire qu’elles ne sont pas assez présentes, certes, mais dans ce nombre de pages limité, et compte-tenu de l’abondance des concepts présentés, je suis content de leur avoir consacré de l’espace. (2) L’auteur de cet ouvrage n’arrête pas, quand il est interviewé sur ces sujets, de fulminer contre la spéculation, les intérêts privés ou la déconnexion entre beaucoup d’opérations financières et l’économie réelle, par exemple dans cette tribune ou cette interview.
Merci encore pour vos remarques, en espérant y avoir répondu clairement.
Cordialement,
CT
Bonjour M. Thibierge
je viens d’acheter votre livre que je trouve excellent par ailleur et je me propose de le conseiller à mes étudiants du programme executive MBA.
Par contre la couverture du livre parle de 200 questions-réponses, que je ne trouve pas dans le texte-même. Pourriez-vous préciser ?
Merci d’avance
FB
Bonjour et merci pour vos compliments,
il y a, dans le texte-même, 115 encadrés « Dialogue » qui contiennent chacun plusieurs questions d’un candide et les réponses d’un expert. L’éditeur, visiblement peu familier des multiplications, n’a pas su bien calculer combien faisaient 115 encadrés avec en moyenne 4 questions et 4 réponses par encadré. Il a donc simplifié en disant « 200 questions-réponses ». Il y en a en fait beaucoup plus que 200…
Cordialement,
CT
Bonjour Monsieur Thibierge,
J’ai pris énormément de plaisir de lire votre ouvrage qui a su expliquer la finance d’une façon simple, merci!
J’ai 2 petites questions. Comment valoriser une entreprise de trading de pétrole non cotée? L’évaluation patrimoniale me parait difficile parce que la société de trading n’a pratiquement aucunes immobilisations dans son bilan, il n’y a que le BFR. L’évaluation par les cash-flows actualisés est aussi difficile parce qu’il est difficile d’établir un compte de résultat prévisionnel vu l’activité de trading est tres volatile. Est-ce qu’on pourrait simplement prendre les capitaux propres (situation nette) de cette société? ca conduit à sous-évaluer la société? Merci pour votre réponse?
une autre question: avez vous un livre facile à lire à me recommander concernant la comptablité pour les instruments financiers du trading pétrole? (valorisation de fair-value en normes IFRS). Merci beaucoup!
ZB
Cher Monsieur,
votre société est une société « de stocks », dont l’activité est déjà présente dans le bilan sous forme de stocks (trading pétrolier, champagne, cognac, promotion immobilière…). Une approche patrimoniale est donc bien adaptée. Dans le BFR, il faudrait réévaluer les stocks (et les créances clients ?) à leur valeur de marché actuelle, puis aboutir à l’actif net réévalué, qui n’est autre que les capitaux propres réévalués (cf. p. 149 et le dialogue p. 150).
Pour un livre, veuillez noter que vous n’avez pas besoin spécifiquement d’un livre sur la comptabilisation des instruments financiers du trading pétrole : tout ouvrage fondé sur la comptabilisation des instruments financiers (ex : produits dérivés / derivatives) répondra à votre besoin. Il y en a des centaines, allez donc dans une grande chaine de vente de livres (ou une librairie de gestion) et feuilletez ces ouvrages, puis achetez celui qui vous correspond le plus. Personnellement, j’aime bien la clarté de cet ouvrage, mais c’est très personnel…
Cordialement,
CT
Bonjour Monsieur Thibierge,
Deuxio, ajoutez une bibliographique ; vous mettez en appétit sans proposer de lecture à celui ou celle qui voudrait en savoir plus. C’est frustrant. Enfin, proposez des applications, dans le même esprit que vos ouvrages (réponses détaillées et très clairement expliquées). Rien ne vaut l’apprentisage par la pratique, c’est pas à vous qu’on va apprendre ça.
alors comme ça, on aime faire les choses pas à pas, sans brûler les étapes. D’abord quelques traductions (Merton, Myers), puis un modeste petit format, pour aboutir au dernier, plus gros, plus volumineux. A chaque fois, on prend un immense plaisir à vous lire, et on est frappé par vos exceptionnels talents pédagogiques. Enfin un prof vraiment soucieux de faire partager son savoir. Je me permets toutefois quelques suggestions pour votre prochain livre, toujours plus gros, plus volumineux, et certainement un futur classique (si, si). Evitez les titres racoleurs ; même en ayant lu attentivement votre livre, on est loin de tout savoir sur la finance.
Enfin deux corrections pour votre erratum. Page 237, il est écrit « Ainsi, il suffit que Rolls-Mops achète 5 futures 100 K$ 3 mois pour avoir une couverture sur 500 K$ ». Mettre vendre au lieu d’acheter, Rolls étant long sur la devise.
Toujours p 237, en note de bas de page pour expliquer un avantage des futures sur les forward, vous mettez : « Il n’y a plus besoin d’attendre le terme, comme lors d’une vente à terme (ajouter peut-être comme lors d’une vente forward ou de gré à gré) ».
Cordialement
Bonjour Stéphane,
mazette, que de compliments, et quelle progression chronologique !
Alors pour répondre aux différents points :
- le titre est sujet à discussion, en effet, c’est pour ça que j’ai commencé la 4ème de couverture par la question « traite-t-on ici de toute la finance ? » Le titre original (de ma part) était : « toute la finance en 200 pages, et quelques dialogues socratiques ». Le « toute la finance » s’entendait alors comme modéré par le « qu’on peut raisonnablement mettre en 200 pages ». On pouvait choisir un titre moins racoleur, comme « gestion financière », mais il y en a déjà combien des ouvrages appelés ainsi ?
- pour la bibliographie, je ne sais pas… ça prend de la place, et je ne sais pas si ça correspond à un besoin général…
- pour des exercices détaillés, certes on peut en mettre (quoique, il y a tout le temps des applications numériques), mais alors ce n’est plus en 250, mais en 400 pages… ce qui n’est plus le même ouvrage
- enfin, merci pour les deux imprécisions, je vais les inclure dans le prochain erratum
A+
CT
Cher professeur,
Or je me gratte souvent le front quand je tombe sur les deux comptes suivants : « transferts de charge d’exploitation » et « production immobilisée ». Pourriez-vous m’expliquer ce que ces deux énergumènes viennent faire dans le calcul de la CAF ?
je me permets une question qui me turlupinasse depuis la nuit des temps. Dans votre ouvrage, vous présentez la CAF comme un résultat net ajusté des charges non décaissables et des produits non encaissables. Las, vous n’abordez pas la méthode qui consiste à partir de l’incontournable EBE, certes plus longue à expliquer, ce que votre éditeur pourrait ne pas apprécier.
Cher Stéphane,
voilà une question fort intéressante, et point ne m’étonne qu’elle vous turlupine, la question devient plutôt « pourquoi donc n’a-t-elle jamais turlupiné les autres ? ». Mais pour reprendre Michel Foucault, « il y a fort à parier qu’une idée reçue est fausse, car elle a convenu au plus grand nombre ».
Reprenons : vous avez tout-à-fait raison sur les causes, j’ai omis volontairement la méthode qui part de l’EBE à cause de ce grippe-sou d’éditeur. Mais vous avez ladite méthode dans toute sa splendeur dans un autre ouvrage tout aussi immarscecible : Analyse financière, de votre serviteur.
Reprenons (bis). Ces deux énergumènes n’auraient – normalement – rien à faire dans le calcul de la CAF, car ce sont aussi des produits (respectivement des charges) non décaissables (et tant qu’à faire, mentionnons aussi les variations de stocks, et toc !)
Alors, pourquoi qu’y z y sont mis ? Je n’en sais rien. Le législateur a peut-être estimé que c’était trop compliqué de tout retraiter.
En clair, et en résumé pour les autres lecteurs qui débarquent dans cette conversation raréfiée en oxygène, la CAF n’est pas tout à fait encore un vrai cash-flow. Il faudrait proposer un nouvel indicateur, qu’on appellerait la Stéphaf, et qui serait :
Stéphaf = Résultat net + réintégration des amortissements et provisions – production immobilisée – variations de stocks +/- transferts de charges. Cette Stéphaf serait à 100% du cash-flow, et le monde serait plus beau.
Visiblement, le législateur en comptabilité ne souhaitait pas que le monde soit plus beau.
Cordialement,
CT
Par toutatis ! Aurais-je oublié de lire un des chefs d’oeuvre écrit par mon professur de finance préféré ? Je cours de ce pas vers ma bibliothèque, je cherche fébrilement dans la catégorie « merveilles de la finance moderne » et je tombe, émerveillé, sur un ouvrage intitulé « Analyse financière » du professeur Christophe Thibierge (bon d’accord, ce n’est que l’édition 2005). Il est bien fait mention d’une autre méthode, que nous pourrions aussi intituler méthode non paresseuse. Malheureusement nulle mention du compte « transferts de charge », que nous intitulerons désormais CNNI (compte non volant et non identifié). Voilà qu’à présent j’exècre autant le législateur que votre éditeur. Alors comme ça, ce personnage souhaite que le monde soit plus compliqué, pas plus beau.
Cordialement
Votre lecteur loyal mais en phase de réanimation