Premier compte-rendu sur la conférence « la finance est-elle toxique ? »

Merci à tous, vous étiez 140 présents à la conférence « La finance est-elle toxique ? » animée par Christophe Thibierge, pour fêter la sortie du livre Comprendre toute la finance. En attendant la publication de la vidéo (NB : les transparents sont disponibles au téléchargement ici), voici ci-dessous un résumé façon interview, aussi publié sur le site ESCP Europe :

La finance semble être toute puissante aujourd’hui. Partagez-vous cette idée ? Christophe Thibierge : Oui, je pense que la finance n’est plus à sa place, qui est l’arrière-plan (parce que, après tout, la finance n’est qu’un outil). Mais un outil n’a pas de puissance par lui-même. Si la finance est trop présente, ou trop puissante, c’est bien parce que certaines catégories de personnes en usent et en abusent. Plutôt que puissance de la finance, il faudrait parler de puissance de certaines institutions. Ce qui nous renvoie à des questions de régulation, de conflits d’intérêts, et de lobbying.

Ethique et finance. Ces deux mots sont-ils compatibles ? CT : Certaines personnes considèrent que dès qu’on parle de profit, il ne peut plus y avoir d’éthique. Je ne suis pas d’accord. Ce que dit la finance, c’est que si l’on prend des risques, alors c’est normal d’avoir un profit raisonnable, parce qu’on était aussi prêt à supporter des pertes. Là où commencent à se poser des problèmes d’éthique, c’est lorsque des personnes peuvent prendre des risques élevés sans avoir à supporter les conséquences de ces pertes : on tombe dans l’opportunisme, l’aléa moral, le cynisme. Ce problème n’est pas circonscrit à la finance : le commerce des pesticides, la déforestation ou la pollution des océans obéissent aux mêmes schémas.

La finance à l’européenne peut-elle s’affirmer face à la finance anglo-saxonne ? CT : Ce n’est pas sûr, car même s’il y a plusieurs manières de faire de la finance, tout le monde veut faire de la finance anglo-saxonne. Or, l’histoire de l’Europe n’est pas du tout celle des États-Unis. Aux États-Unis, les marchés financiers se sont fortement développés depuis plusieurs siècles pour répondre aux demandes de financement des entreprises. Or en Europe, ce sont plutôt les banques qui ont assuré ce rôle. En voulant faire une finance à l’américaine, on fait une finance de marchés financiers, très orientée vers la recherche du profit à court terme. La finance européenne est – ou était – davantage fondée sur l’idée de partenariat économique avec les banquiers, et sur une prise en compte des relations avec les clients, les fournisseurs, les salariés…

Les citoyens européens sont-ils démunis face à la financiarisation de l’économie ? CT : Quoiqu’on en dise, il y a encore plusieurs Europes, et dans chaque zone, tous les citoyens ne sont pas aussi informés. Mais le tableau n’est pas tout noir. Les européens se documentent et s’informent de plus en plus. Il y a encore quelques mois, personne n’aurait su dire ce que signifiait une notation financière. Par ailleurs, la réforme des systèmes de retraites en Europe conduit tout un chacun à s’informer sur les modes de placement et d’assurance. Cette financiarisation n’a donc pas que des mauvais côtés : elle augmente le niveau moyen d’information, et permet d’accéder à des outils de placement à la carte.

Quels citoyens européens ont selon vous la culture financière la plus avertie ? CT : Les études récentes montrent que les Britanniques, les Allemands et les Autrichiens sont les plus cultivés en finance, suivis d’assez près par les Hollandais et les Français. Par ailleurs, des organismes officiels comme l’OCDE ou la Banque Centrale Européenne ont mis en place des programmes de développement de la culture financière depuis plusieurs années.

Pensez-vous qu’il y ait urgence à aider les concitoyens à comprendre les enjeux de la finance ? Comment faire ? CT : Il y a urgence au niveau personnel et au niveau national. Au niveau personnel, la réforme des régimes de retraite et plus globalement les problématiques immobilières et fiscales conduisent les particuliers à se documenter, parce qu’il en va de leur avenir financier. Se former, c’est souscrire à une assurance. Au niveau national, c’est la condition d’une démocratie que chacun puisse développer son niveau d’analyse critique. Faute d’une éducation financière minimum, on risque de tomber dans la simplification abusive, ce qui ouvre toujours la voie aux extrémistes. Et puis il ne faut pas oublier que les hommes politiques doivent nous rendre régulièrement des comptes. Pour se former, il faut lire la presse, questionner, critiquer, se former encore et toujours. C’est une chance de notre époque que d’avoir tant de ressources de savoir disponibles à un coût très faible. Mais on n’apprend pas sans appliquer. Il s’agit donc que chacun décide de consacrer un peu de son temps à se former chaque semaine. Il y a des très bons livres pour cela…

« Comprendre toute la finance » par Christophe Thibierge, Editions Vuibert, 272 pages, 15,90€ – Cet ouvrage ambitieux propose une synthèse pédagogique, progressive et originale pour acquérir les bases de la finance. Le « cours » se présente de façon très progressive et pédagogique. Rédigé sur un ton humoristique, il est ponctué d’encadrés sous forme de dialogues entre un professeur et un élève imaginaires, d’exemples parlants, souvent issus de références littéraires, cinématographiques, musicales, de jeux de mots et d’anecdotes. Une approche décomplexée !

 

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Contact presse ESCP Europe

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